19 décembre 2009
EADS : vers un nouveau scandale ?
EADS: Une enquête tronquée ?
Emmanuel Lévy - Marianne | Samedi 19 Décembre 2009
L’autorité des marchés financiers (AMF) a clos définitivement l’affaire du délit d’initié chez EADS. Noël Forgeard, l’ex co-président d’EADS, échappera donc à l’amende de 5,4 millions d’euros qui était requise. Pour Marc Chesney, professeur à l’institut bancaire suisse à l’université de Zurich, l’enquête de l’AMF est probablement tronquée.

Marianne2 : Malgré un épais dossier, la commission des sanctions de l’AMF a blanchi les anciens dirigeants d’EADS, que pensez-vous de cette décision ?
Marc Chesney : En tant que scientifique ne possédant pas le dossier entre mes mains, une certaine mesure s’impose en ce qui concerne mon appréciation. Cependant, pour m’être penché sur l’affaire, à travers mes travaux, je ne peux qu’être perplexe. En effet, l’enquête de l’AMF me semble tronquée, en ce sens qu’elle a apparemment fait l’impasse sur une dimension essentielle de la question : l’usage des produits dérivés, et notamment des options de vente.
Est-ce le cas pour EADS ?
Oui, en toute probabilité. Notre méthodologie indique en effet des transactions particulièrement intenses sur le titre EADS sur les marchés EURONEXT, à Paris et EUREX à Francfort. L’analyse de 6 ans de données, permet de détecter des transactions suspectes pour 5 options de vente, tant à Paris qu’à Francfort. Celles-ci ont toutes été effectuées au printemps 2006, soit peu de temps avant l’annonce du 13 juin révélant publiquement les retards de livraison de l’A380, dont pâtira le cours de l’action EADS. Dans un tel jeu de bourse, acheter par exemple le 3 mai 2006 des options de vente de prix d’exercice 30 euros et de maturité le 16 juin à un prix de 1,54 euros l’unité, lorsque le cours d’EADS est de 29,76 euros et les exercer ou les revendre le 14 juin, quand le cours de l’action s’est effondré à 18,79 euros et que la valeur de l’option est passée à 11,27 euros, peut s’avérer très rémunérateur.
En effet, pour le détenteur d'informations privilégiées, opérer sur les marchés via des options sur un titre X est plus avantageux que de directement acheter ou vendre ces titres. Il bénéficie à la fois d'incitatifs économiques (coût de transaction réduit, capital initial faible, importante capacité de levier financier) et d'incitatifs stratégiques (discrétion offerte par le marché des options). Il est dès lors raisonnable de penser que des acteurs de marché bénéficiant d'informations privilégiées concernant une société puissent préférer traiter des options plutôt que des titres de la compagnie. C’est bien l’objet de notre étude. Sur le cas EADS, nous estimons à 25,6 millions d’euros sur la place de Paris et à 10,7 sur celle de Francfort, les gains nets réalisés lors de ces transactions suspectes. L’intérêt des options ? Pour obtenir ces 36 millions d’euros, les opérateurs, n’ont eu a misé qu’environ 9 millions. Soit des rendements proches de 400% en quelques dizaines de jours….
Mais cette dimension n’est pas dans le dossier d’enquête, pourquoi ?
L’AMF, comme les autres gendarmes de marchés prétend regarder de près ces marchés dérivés. Or, rien de tangible ne permet de l’affirmer. C’est dommage, car nous serions prêt à collaborer et à présenter notre méthodologie. Il ne s’agit ni plus ni moins que de mettre en place un système automatique d’alerte. Une fois déclenchée, l’AMF, qui peut avoir accès à l’identité de ceux qui souscrivent massivement et soudainement à ces produits, serait en mesure de dire si oui ou non, il s’agit d’un délit d’initié. Mais EADS n’est qu’un cas parmi d’autres. En n’investiguant pas sur les marchés dérivés, il est fort probable qu’un nombre important d’affaire de délit d’initiés échappe aux autorités de marchés.
Marc Chesney : En tant que scientifique ne possédant pas le dossier entre mes mains, une certaine mesure s’impose en ce qui concerne mon appréciation. Cependant, pour m’être penché sur l’affaire, à travers mes travaux, je ne peux qu’être perplexe. En effet, l’enquête de l’AMF me semble tronquée, en ce sens qu’elle a apparemment fait l’impasse sur une dimension essentielle de la question : l’usage des produits dérivés, et notamment des options de vente.
Est-ce le cas pour EADS ?
Oui, en toute probabilité. Notre méthodologie indique en effet des transactions particulièrement intenses sur le titre EADS sur les marchés EURONEXT, à Paris et EUREX à Francfort. L’analyse de 6 ans de données, permet de détecter des transactions suspectes pour 5 options de vente, tant à Paris qu’à Francfort. Celles-ci ont toutes été effectuées au printemps 2006, soit peu de temps avant l’annonce du 13 juin révélant publiquement les retards de livraison de l’A380, dont pâtira le cours de l’action EADS. Dans un tel jeu de bourse, acheter par exemple le 3 mai 2006 des options de vente de prix d’exercice 30 euros et de maturité le 16 juin à un prix de 1,54 euros l’unité, lorsque le cours d’EADS est de 29,76 euros et les exercer ou les revendre le 14 juin, quand le cours de l’action s’est effondré à 18,79 euros et que la valeur de l’option est passée à 11,27 euros, peut s’avérer très rémunérateur.
En effet, pour le détenteur d'informations privilégiées, opérer sur les marchés via des options sur un titre X est plus avantageux que de directement acheter ou vendre ces titres. Il bénéficie à la fois d'incitatifs économiques (coût de transaction réduit, capital initial faible, importante capacité de levier financier) et d'incitatifs stratégiques (discrétion offerte par le marché des options). Il est dès lors raisonnable de penser que des acteurs de marché bénéficiant d'informations privilégiées concernant une société puissent préférer traiter des options plutôt que des titres de la compagnie. C’est bien l’objet de notre étude. Sur le cas EADS, nous estimons à 25,6 millions d’euros sur la place de Paris et à 10,7 sur celle de Francfort, les gains nets réalisés lors de ces transactions suspectes. L’intérêt des options ? Pour obtenir ces 36 millions d’euros, les opérateurs, n’ont eu a misé qu’environ 9 millions. Soit des rendements proches de 400% en quelques dizaines de jours….
Mais cette dimension n’est pas dans le dossier d’enquête, pourquoi ?
L’AMF, comme les autres gendarmes de marchés prétend regarder de près ces marchés dérivés. Or, rien de tangible ne permet de l’affirmer. C’est dommage, car nous serions prêt à collaborer et à présenter notre méthodologie. Il ne s’agit ni plus ni moins que de mettre en place un système automatique d’alerte. Une fois déclenchée, l’AMF, qui peut avoir accès à l’identité de ceux qui souscrivent massivement et soudainement à ces produits, serait en mesure de dire si oui ou non, il s’agit d’un délit d’initié. Mais EADS n’est qu’un cas parmi d’autres. En n’investiguant pas sur les marchés dérivés, il est fort probable qu’un nombre important d’affaire de délit d’initiés échappe aux autorités de marchés.
22:26 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
| Tags : économie, actu, justice |
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Commentaires
Ces histoires sont compliquées en apparence mais au fond elle sont d'une clarté à en être aveuglé. Comment ne pas imaginer que ces beaux messieurs, bien au fait de tout, se contenteraient d'attendre la catastrophe ?
Et le juge en charge de cette affaire, de quel bord est-il ? En simple clampin non initié aux arcanes de la haute finance, on ne peut qu'avoir des soupçons car ce "blanchiment en responsabilité" ressemble beaucoup à un ordre édicté.
Certains crèvent dans la rue et d'autres reçoivent de sacrés cadeaux de Noël...
Écrit par : FdR | 20 décembre 2009
Répondre à ce commentaireNous allons tout droit vers un autre scandale financier. EADS tentera probablement d'étouffer l'affaire. Mais pour combien de temps ? A trop vouloir cacher...
Écrit par : Pascale | 20 décembre 2009
Pas besoin d'être "scientifique" pour savoir que la tentation est grande quand on a des stock-options d'en tirer bénéfice quand on sait que le titre va plonger. Ils étaient nombreux chez EADS à être informés ds retards. Mais, compte tenu des activités et du poids de l'entreprise ainsi que de la "haute" position de ses dirigeants, il est normal qu'on essaye de planquer la saleté sous le tapis. Va-t-on y réussir? Je parie que Lagardère, ses copains et les très nombreux cadres impliqués seront blanchis ou s'en tireront ... comme d'habitude.
Écrit par : Pangloss | 20 décembre 2009
Répondre à ce commentairePas mieux... hélas !
Écrit par : Pascale | 20 décembre 2009
C'était sûr que l'affaire serait classée......!!!!
Comme d'habitude, ce sont toujours les mêmes qui s'en sortent.
Bizzzzzzzzzzz
ZAZA
Écrit par : ZAZA | 20 décembre 2009
Répondre à ce commentaireInutile d'aller voir le film : on connaît la fin !
Écrit par : Pascale | 20 décembre 2009
bonsoir Pascale
ayant été dans ce milieu aéronautique et ayant des actions chez EADS...il n'était pas difficile de savoir que cet A380 était plombé....
il n'est pas UN ouvrier, pas UN technicien, pas UN cadre....qui ignorait les retards que prenait cet avion...
Il suffiait de lire la presse spécialisée..
De même que la mésentente entre "teuton" et "frenchies" était de notoriété publique..
Perso j'ai donc vendu mon peu d'action..en réalisant un bien maigre bénéfice..c'est la quantité qui fait la fortune....
J'ai l'impression que Boeing n'est pas étranger à ce scadale...
Cela voudrait dire que L'AMF n'est pas intègre?
Si l'on veut détruire EADS en tant qu'avionneur et bien continuons....et puis entre nous...a qui cela a t'il porté préjudice sinon qu'a EADS...'ai toujours été surpris que le Français regarde toujours dans l'assiette de son voisin...des fois qu'il y en aie plus....
aller encore une affaire qui va se faire embastiller et c'est tant mieux...la vie doit continuer...
mais bon il y aura constamment des gens qui lorgnerons sur les riches...
ah!! vivement un pays comme l'était l'ex urss....que des pauvres...çé c'éatait super!!!
et bien je suis sur que chez nous il y en auraient qui regarderaient encore chez le voisin....des fois que:!!!!
amicalement
Écrit par : geo | 20 décembre 2009
Répondre à ce commentaireAaah ! Que j'aime ton commentaire, Géo !
On ne veut pas d'un pays sans "riches". On veut simplement que certains ne s'en mettent pas plein les poches en toute impunité. Voilà qui est différent.
Merci de nous avoir parlé d'EADS. L'expérience de mes lecteurs est sans prix.
A bientôt !
Écrit par : Pascale | 20 décembre 2009
Que veut dire exactement initié ? Quelqu'un qui prévoit quelque chose par ses connaissances est-il initié ? Il faudrait alors condamner tous ceux qui gagnent de l'argent en jouant en bourse (je n'ai aucune sympathie pour les intéressés d'EADS)
Dr WO
Écrit par : Dr WO | 21 décembre 2009
Répondre à ce commentaireLe délit d'initié est prévu et réprimé par l'article L. 465-1 du Code Monétaire et Financier. Le délit d'initié et le recel de délit d'initié ont été prévues par l'ordonnance n°67-833 du 28 septembre 1967, article 10-1 .
Article L. 465-1
Est puni de deux ans d'emprisonnement et d'une amende de (Ordonnance n° 2000-916 du 19 septembre 2000) "1 500 000 euros" dont le montant peut être porté au-delà de ce chiffre, jusqu'au décuple du montant du profit éventuellement réalisé, sans que l'amende puisse être inférieure à ce même profit, le fait, pour les dirigeants d'une société mentionnée à l'article (Rectificatif, Journal officiel du 17 mars 2001) "L. 225-109" du code de commerce, et pour les personnes disposant, à l'occasion de l'exercice de leur profession ou de leurs fonctions, d'informations privilégiées sur les perspectives ou la situation d'un émetteur dont les titres sont négociés sur un marché réglementé ou sur les perspectives d'évolution d'un instrument financier admis sur un marché réglementé, de réaliser ou de permettre de réaliser, soit directement, soit par personne interposée, une ou plusieurs opérations avant que le public ait connaissance de ces informations.
Est puni (Loi n° 2001-1062 du 15 novembre 2001) "d’un an d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende" le fait, pour toute personne disposant dans l'exercice de sa profession ou de ses fonctions d'une information privilégiée sur les perspectives ou la situation d'un émetteur dont les titres sont négociés sur un marché réglementé ou sur les perspectives d'évolution d'un instrument financier admis sur un marché réglementé, de la communiquer à un tiers en dehors du cadre normal de sa profession ou de ses fonctions.
(Loi n° 2001-1062 du 15 novembre 2001) "Est puni d'un an d'emprisonnement et d'une amende de 150 000 euros dont le montant peut être porté au-delà de ce chiffre, jusqu'au décuple du montant du profit réalisé, sans que l'amende puisse être inférieure à ce même profit, le fait pour toute personne autre que celles visées aux deux alinéas précédents, possédant en connaissance de cause des informations privilégiées sur la situation ou les perspectives d'un émetteur dont les titres sont négociés sur un marché réglementé ou sur les perspectives d'évolution d'un instrument financier admis sur un marché réglementé, de réaliser ou de permettre de réaliser, directement ou indirectement, une opération ou de communiquer à un tiers ces informations, avant que le public en ait connaissance. Lorsque les informations en cause concernent la commission d'un crime ou d'un délit, les peines encourues sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 1 500 000 euros si le montant des profits réalisés est inférieur à ce chiffre."
Écrit par : Pascale | 21 décembre 2009
Merci pour ces informations. Mais il faut noter que le public avait connaissance du retard de fabrication de cet avion, aussi bien tout le personel d'EADS mais également le public par les journaux : ce n'était un secret pour personne.
Dr WO
Écrit par : Dr WO | 21 décembre 2009
Répondre à ce commentaireVoilà toute la difficulté que pose le délit d'initié : où commence-t-il et comment le caractériser ?
Écrit par : Pascale | 21 décembre 2009
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