06 février 2010

On s'en doutait un peu !

épandage.jpgLes agriculteurs exposés aux pesticides portent des précurseurs du cancer

Il existe un lien entre l'exposition des agriculteurs aux pesticides et des anomalies du génome pouvant faire se développer un cancer. Lors d'un colloque organisé à Marseille, vendredi 5 février, par la Ligue contre le cancer, Bertrand Nadel (Centre d'immunologie de Marseille-Luminy) a présenté des résultats obtenus lors d'une étude (Agrican) lancée en 2005. Ces travaux pourraient déboucher sur une stratégie de dépistage précoce de cancers du système lymphatique.

Agrican est une grande étude effectuée auprès des affiliés de la Mutuelle sociale agricole, le régime de sécurité sociale des agriculteurs. Elle comprend un versant épidémiologique, appuyé sur un questionnaire, et un versant biologique, avec des prélèvements sanguins.

En 2008, Bertrand Nadel et Sandrine Rouland avaient présenté des travaux montrant un risque plus élevé de cancers lymphatiques chez les agriculteurs. Avec le soutien financier de la Ligue contre le cancer, ils ont poursuivi leurs recherches et obtenu de nouveaux résultats, qui ont déjà été publiés, en juin 2009, dans le Journal of Experimental Medicine.

Leur idée était de trouver des biomarqueurs prédictifs, car tous les individus exposés aux pesticides ne développent pas un lymphome. Les chercheurs marseillais ont détecté dans les prélèvements sanguins de plusieurs dizaines de participants à l'étude Agrican des cellules qui en sont normalement absentes et qui représentent les précurseurs des cellules tumorales constituant un lymphome de type folliculaire.

ANOMALIE GÉNÉTIQUE

"Nous avons mis en évidence des biomarqueurs qui témoignent d'un lien moléculaire entre l'exposition des agriculteurs aux pesticides, l'anomalie génétique et la prolifération de ces cellules, qui sont des précurseurs de cancer. Cet effet est fonction de la dose et du temps d'exposition", résume Bertrand Nadel.

En l'occurrence, les chercheurs ont identifié une anomalie génétique : un fragment du chromosome 14 se détache et vient activer un oncogène situé sur le chromosome 18. Les personnes exposées aux pesticides présentent dans certaines cellules sanguines (lymphocytes) cette anomalie génétique de manière beaucoup plus fréquente que les personnes non exposées. L'absence de régulation de l'expression de cet oncogène fait que des cellules qui auraient dû mourir vont proliférer.

"Il s'agit là d'une condition nécessaire au développement d'un lymphome folliculaire, mais elle n'est pas suffisante. Il existe d'autres anomalies comme une instabilité générale du génome : deux gènes sont exprimés en même temps alors que normalement pas ils ne le sont pas, ce qui permet aux cellules anormales de résister aux mécanismes de mort cellulaire programmée", explique Bertrand Nadel.

L'équipe de Bertrand Nadel, qui espère aboutir à terme à un outil de diagnostic précoce, va désormais étudier une population de personnes ayant développé le même type de lymphome afin de documenter la présence de ces biomarqueurs.

Paul Benkimoun

20:10 Publié dans Agriculture | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, santé, pesticide, environnement | |  del.icio.us |

Commentaires

Des agriculteurs OGM! La boucle est bouclée.

Écrit par : Pangloss | 06 février 2010

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ça fait des années que les agriculteurs décèdent de manière précoce de cancers multiples. Evidemment que les produits qu'ils utilisent y sont pour quelque chose ! Je suis étonnée qu'il faille une étude de dix ans pour aboutir à cette conclusion évidente !

Écrit par : Pascale | 06 février 2010

Ce qui est évident, c'est que pendant qu'on fait l'étude, Monsanto a gagné dix ans. Pareil pour les biberons au bisphénol A. J'ai du mal à admettre que les responsables politiques ne gagnent rien à ces manoeuvres dilatoires.

Écrit par : Pangloss | 07 février 2010

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"Dilatoires" ! Vous avez mis le doigt dessus ! Que de milliards empochés pendant qu'on s'interroge !

Écrit par : Pascale | 07 février 2010

On s'en doutait un peu......!!!!! Ce qui est malheureux c'est que tout cela est tracé, prouvé depuis longtemps, et que rien n'a été fait par les pouvoirs publics pour interdire ces produits à la vente. J'ai toujours connu ma famille traiter au sulfate de cuivre (produit tout à fait naturel) et dans des quantités homéopathiques. Et mieux dans mon île ils engraissent la terre au goémon....!!!!!
Bonne journée ma Pascale
Bizzzzzzzz
ZAZA

Écrit par : ZAZA | 07 février 2010

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Et le pb des algues vertes ? Où en est-on ?

Écrit par : Pascale | 07 février 2010

Dans mon île, nous ne sommes pas concernés. Justement parce que nous engraissons les terres sablonneuses avec du varech. Pas de phosphates, de nitrates, ni de produits du type Monsanto...... Ce qui fait notre renommée et la richesse de nos agriculteurs.
Bonne soirée
Bizzzzzzzz
ZAZA

Écrit par : ZAZA | 07 février 2010

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Cela méritait d'être rappelé.
Merci Zaza !

Écrit par : Pascale | 07 février 2010

Pas de panique,l'étude concerne plus particulièrement des vitis très exposés et non des agris.
Désolé mais les agris en général n'ont pas plus de maladies que le reste de la population,bien sûr comme toute maladie professionnelle il y a toujours des éxceptions.

Écrit par : ME 51 | 13 février 2010

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Merci pour cette précision. Mais j'aimerais en être aussi certaine que vous !

Écrit par : Pascale | 14 février 2010

Lorsque j'aurais plus d'infos sur ce sujet,je vous en ferais part.
J'ai participé dernièrement à une réunion d'information en rapport avec les dangers des phytos et avec un médecin de la Msa.
Sans dire que les phytos ne sont pas dangereux,ce médecin a bien dit que si toutes les précautions nécessaires étaient bien respectées,les risques que de patologies étaient très minimes.
Bien à vous

Écrit par : ME 51 | 14 février 2010

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Formidable ! Un grand merci.
Personnellement, je n'ai jamais vu un agriculteur se protéger pendant les épandages. sans parler des épandages aériens qui, eux, ont des effets sur davantage de population.
A lire : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000358/0000.pdf

Écrit par : Pascale | 14 février 2010

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Merci pour l'étude,il est certain que des parcelles agricoles trop proches des habitations ont de quoi inquiéter certains riverains.
Il serait souhaitable, dans ce cas particulier,de laisser en jachère une distance minimum(20,50 m ?) subventionnée par l'Etat,les communes?.Toujours est il que la réglementation interdit les épandages avec des vents supérieurs à 19 Km/h.

Écrit par : ME 51 | 14 février 2010

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